Merci

A ma famille, mes amis, mes collègues, mes fidèles clients.

Mon histoire avec le Lux a commencé lorsque j’étais étudiant en 2013-2014 à Montbéliard, j’y effectuais des extras en cuisine le samedi, puis parfois le vendredi soir. C’est un endroit que j’affectionne tout particulièrement vous l’aurez compris.
A la fin de mes études, j’ai trouvé un travail à temps plein à Boudry au bord du lac de Neuchâtel, mais après trois semaines seulement, lorsque le patron du Lux m’a demandé si je voulais venir travailler chez lui étant lâché par son cuisinier, je n’ai pas hésité une seule seconde.
Durant mes études j’ai absolument tout fait pour me permettre de ne pas être simple cuisinier, pourtant, au Lux je l’envisageais sans problème.

Après quasiment un an de travail, le patron nous a annoncé son désir de fermer boutique, découragé par « l’acharnement administratif » dont il a été victime. Il ne m’a pas fallu une semaine pour me projeter dans un projet de reprise, en informant ma famille, mes amis, et le patron pour qui l’aventure du Lux se terminerait deux mois après cette annonce.

J’ai été mis en « concurrence » avec un groupe de travail désireux de redonner vie au bâtiment. Groupe de travail dont j’ai appris l’existence des mois après que mon projet fut ficelé et déjà proposé à l’ancien patron, propriétaire des lieux.

Ne faisant pas financièrement le poids face à ce groupe de travail soutenu par une fondation pleine d’argent, j’ai été mis à l’écart des différentes tractations durant quelques temps, jusqu’à ce que le temps passe, que le sérieux et la motivation du groupe de travail ait été remis en question.
L’argent n’entrant pas pour le propriétaire, on a essayé de nous faire travailler « ensemble ».

Sentant sans doute que mon projet prenait un peu d’ampleur et de plus en plus de crédit aux yeux du décideur, j’ai été convié à une « rencontre » avec le groupe de travail pour « discuter ». Cette invitation m’a été faite par téléphone au domicile de mes parents par une journaliste de l’impartial sur un ton sympathique, en invitant à me méfier de mon ancien patron.
Cette rencontre fut un fiasco et tourna au vinaigre très rapidement. Le groupe de travail ayant déjà pris quelques verres avait pour seul objectif de me faire renoncer à mon projet, et avait pour volonté que je me plie au leur : à savoir attendre et ouvrir un restaurant Végétarien/Vegan au Lux. Je suis bien entendu convaincu que ce groupe de travail n’aurait jamais compté sur moi par la suite vu la mésentente, et même avant celle-ci j’en doute.

Finalement j’ai réussi à convaincre le propriétaire, que mon projet était le plus sérieux qu’il ait à se mettre sous la dent pour le moment. En Juillet 2016 je signe mon bail.

Je compte ouvrir mi-Août pour la rentrée des frontaliers. Je tombe sur la plus grosse escroquerie du siècle que je veux dénoncer ici : l’équivalent de l’ancienne Patente à savoir le dossier d’autocontrôle requis pour l’ouverture d’un établissement public dans le canton de Neuchâtel. Ce dossier est une honte, il est quasiment impossible de le faire seul même si, comme moi, vous avez été formé aux normes d’hygiènes et HACCP.

On m’a refusé mon dossier la première fois car il était « trop complet » et qu’il n’était pas classé dans la manière dont l’administration qui s’en occupe à l’habitude. Chaque dépôt est bien entendu en quelque sorte facturé. De plus quand on refuse votre dossier, on vous donne la carte de visite d’un ancien fonctionnaire qui s’est mis à son compte est propose ses services pour faire le dossier à votre place. Ce foutu dossier qui fait une dizaine de page et qui est beaucoup moins complet que celui que j’avais proposé m’a finalement couté 2500chf.
Et oui, pour pouvoir ouvrir j’ai du payé un malhonnête qui a bien senti le filon de cette démarche crapuleuse, car quand on propose un dossier avec la « signature » d’un ancien collège ça va très vite.

Je n’ai pu ouvrir que mi-octobre et j’ai bien évidement du verser des loyers de 3000.- sans pour autant faire rentrer d’argent durant cette période ou je ne travaillais pas, n’avais aucune source de revenu mis à part l’emprunt que mes parents ont généreusement contracté pour moi.

Le jour de mon inauguration avec la famille et les amis, j’ai reçu le visite « par hasard, parce qu’il passait par là » d’un agent de la police du commerce pour voir si j’avais bien mon autorisation..
Cet argent qui est parti en « fumée », (environ 10 000 francs suisses) était compté dans mon bilan prévisionnel pour la période difficile que chaque établissement connait après les fêtes de noël et nouvel an, et les vacances.

A ça s’ajoute une facture de Viteos (fournisseur d’eau et d’électricité) de 1700chf en tout début d’activité en guise de fond de garantie (au cas ou…)

Notre activité a été très bonne les premiers mois, puis est venue cette période de début d’année où je n’ai plus pu me payer, et où j’ai demander à mes employés un effort. Je ne leurs serai jamais assez reconnaissant, je les en remercie du fonds du coeur. Dans cette période creuse j’aurais apprécié pouvoir compter sur ces 10 000 francs qui m’aurait sans doute permis de voir beaucoup, beaucoup plus loin.

Les vacances approchantes nous nous sommes fait cambrioler courant Juin et nous nous sommes fait volé pal mal d’argent malgré notre vigilance à déposer plus que couramment l’argent en banque. Est venu ensuite un « combat » avec l’assureur.

Les vacances sont désormais là, les charges aussi malgré notre impossibilité de travailler car il faut donner des vacances à Gaetan et Emerson qui méritent tous les deux un peu de repos.

C’est les yeux fixés sur le compte bancaire que j’ai passé mes mois de Juin et de Juillet. Je n’ai à ce jour encore jamais été dans le rouge sur le compte de l’entreprise. Mais j’ai conscience que les charges à venir je ne pourrai plus les assumer qu’avec l’argent de la société.

J’ai demandé assez d’effort à mes parents et il est hors de question que je leur demande de mettre au bout un fois de plus. Cela ne ferait qu’augmenter ma peine et le sentiment de « honte » que j’éprouve à l’égard de ma famille et de mes amis qui m’ont toujours soutenu. Ils me répondront qu’il n’y à pas de honte. Peut-Être c’est en tout cas un sentiment d’échec.
Mon équipe et moi n’avons jamais été victime de remarques cassantes et négatives au sujet de notre travail, du lieu, et de notre accueil. Seules quelques remarques isolées et constructives mais on le sait, on ne peut pas plaire à tout le monde. Au contraire, nous avons très souvent eu de très bons échos sur la qualité de la cuisine d’Emerson ou encore la sympathie de Gaetan.

C’est dans un sentiment de travail bien fait que aujourd’hui nous sommes pris dans les griffes du dragon financier.

J’ai décidé de fermer ma société car je ne pourrais pas supporter de faire emprunter plus d’argent à mes proches. Il serait surtout totalement fou de m’embarquer dans des crédits à mensualités folles à seulement 25 ans pour ne rien avoir à la fin (peut-être).

Je ne suis pas de nature pessimiste et ceux qui me connaissent le savent, mais quand on ne se fait pas de salaire, avec des charges Suisses, quand on vient de France çà va très très vite.

Vous n’imaginez pas une seule seconde comme le sentiment de satisfaction est grand quand on arrive à se payer soi-même, à vivre de sa propre activité. Je ne pourrai pas refuser d’encourager quelqu’un à entreprendre. Sur ce coup-ci, l’administratif a été plus fort que nous, comme bien souvent.

Je tiens à remercier tout ceux qui m’ont accordé leur confiance. Et je suis sur que le Lux pourra renaitre facilement et rapidement grâce à quelqu’un qui aura une force financière plus importante que moi, je serai ravi de lui donner mon dossier d’autocontrôle clé en main.

Merci à toutes et à tous.

Charles